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La Creuse, de reflets en ballades
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18 avril 2013

"[...] En même temps, à la Forêt-du-Temple, sous

La carrière de Clairavaux

"[...] En même temps, à la Forêt-du-Temple, sous l'impulsion d'un nommé M..., naissait une autre exploitation importante du granit creusois : les ouvriers sortaient les blocs du sol, les pesaient et étaient payés en fonction du poids de la pierre extraite. Ensuite, venait la taille. M... qui connaissait bien son métier, savait tirer parti de tout : même les débris se vendaient ! Sous forme de gravillon ou réduits en sable pour constituer les bordures de routes."

Gabrielle Thévenot, "Une vie de creusois"

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9 avril 2013

L'étang de tête "J'ai lu un étangJe l'ai appris

L'étang de Fransèches

L'étang de tête

"J'ai lu un étang
Je l'ai appris par coeur
Et je m'y suis plongé et replongé
Comme on goûte des yeux
Cela même qui nous dévore en vain

Depuis, l'étang c'est mon prie cieux
Ma lanterne des ombres
Le calque infini du regard noyé
Dans sa propre perte de vue
Où les sourcils froncés
Relèvent un coin de nuit entre deux reflets sobres
[...]"

André Duprat, "L'étang unique" (Editions Apeiron) 

5 avril 2013

"On est lent dans ce pays à s'éveiller.

Ombres creusoises

"On est lent dans ce pays à s'éveiller. L'enfance, la jeunesse même y est assoupie. Jadis les jeunes filles étaient si timides, un peu boudeuses par crainte : ce qui leur ôtait la beauté. Mais vers le soir tout se rachète, comme dans plusieurs vies. Il n'y a pas de crépuscule magique, la nuit s'établit par un lent évanouissement. Les couleurs deviennent des teintes. Le jour n'est plus : on ne peut pas définir le moment où le jour cesse d'être."

Jean Guitton, "Une mère dans sa vallée"

2 avril 2013

"La lumière était rose, comme imprégnée de la

Ombres creusoises

"La lumière était rose, comme imprégnée de la couleur des branches qu'elle avait traversées et dont elle projetait l'entrelacs en ombres de velours [...] Le paysage s'était effacé. Les arbres d'un noir intense, plat, se détachaient sur le gris sombre, tiède et vivant de l'air. On ne reconnaissait pas leurs silhouettes, ni leur place. On aurait dit qu'un autre monde s'était installé là."

Jean Blanzat, "La Gartempe"

25 mars 2013

L'alouette "Cette voix nichée dans les replis de

L'oiseau sur un fil

L'alouette

"Cette voix nichée dans les replis de mon silence
Ni Condor
Ni l’Aquila de l’Amérique du Nord
Ni le grand Vé des vols planés
Mais que grisolle en moi l’alouette frivole
Portée au levant
Dans les moissons d’avoine folle
Il est si court le temps de la chanson
Que grisolle en moi l’alouette rebelle
Qui ne se laisse saisir par un éclat de verre."

Camille Pioz, "Papier Carbone"

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21 mars 2013

"L'hiver figeait les eaux, figeait les âmes.

Neige à La Brutine

"L'hiver figeait les eaux, figeait les âmes. [...] Dévorée de silence, la nature rétrécissait - les formes des arbres et des haies épurées jusqu'au trait, les couleurs réduites à l'essentiel : le noir, le gris, le blanc. Mais toute la palette des blancs : incandescence de la neige, ivoire de la pierre, nacre du givre, lait des brouillards traînants. Toutes les nuances du gris : de l'argent terni des étangs à la cendre des ciels. Tous les degrés du noir : léger dans les hêtraies, épais sous les sapins, vif aux ailes des corbeaux. Ultime luxe de l'extrême pauvreté."

Françoise Chandernagor, "L'Enfant des Lumières"

13 mars 2013

Le lac et le saule "La solitude est bien

Le lac de Vassivière

Le lac et le saule

"La solitude est bien l'hôtesse
Qui convient à ce lac profond :
Son saule unique et lui se font
Le vis-à-vis de la tristesse.

Immobiles ou se mouvant
Ils joignent leurs mélancolies,
Par les froidures, sous les pluies,
Dans le soleil et dans le vent.
..."

Maurice Rollinat, "Paysages et Paysans"

10 mars 2013

"Chaque arbre, chaque buisson rayonnait d'une

Le lac de Vassivière

"Chaque arbre, chaque buisson rayonnait d'une présence rousse, bleuâtre ou presque mauve qui éclairait les nappes errantes de la brume. Un songe recueilli, patient remplissait la campagne. Lentement il imprégnait l'esprit, absorbait les pensées, et les promeneurs, peu à peu, sentaient se perdre le sentiment de leur propre existence."

Jean Blanzat, "La Gartempe"

 

7 mars 2013

"L'hiver 1916-1917 fut un hiver très froid, la

Traces à Lavaud-Gelade

"L'hiver 1916-1917 fut un hiver très froid, la neige tomba en abondance et resta longtemps sur un sol durci par les fortes gelées qui avaient, comme on dit, "préparé son lit". Ce fut pour nous l'occasion, certains dimanches, d'un autre braconnage. Sur la couche vierge de la neige, les moindres empreintes des "sauvagines" se marquaient et nous menaient au refuge de la bête: plusieurs lièvres vinrent ainsi corser nos menus qui se faisaient maigres. Un jour, la capture d'une fouine - qui avait saigné à blanc les poules de plusieurs poulaillers - nous permit une bonne affaire: sa peau vendue à un commerçant de Bourganeuf nous rapporta 85F!"

Gabrielle Thévenot, "une vie de Creusois"

26 février 2013

Reflets Oh, l'émouvante beauté de ces troncs

Les deux bouleaux

Reflets

Oh, l'émouvante beauté de ces troncs argentés!
Leur bruissante verdure aujourd'hui dispersée
Sous les coups répétées d'assassines gelées.
En un ultime adieu, ces bouleaux dénudés
Pleurent feuille après feuille leur jeunesse envolée,
En une danse éphémère sur l'onde éparpillée.
Oh, l'aérienne beauté de cette pluie mordorée!

Apolline

13 février 2013

«Ma solitude» de Moustaki, «Les quatre saisons»

P1060398 

«Ma solitude» de Moustaki, «Les quatre saisons» de Vivaldi, «Le lac» de Lamartine et «Le déjeuner des canotiers» de Renoir se flashent pêle-mêle sur mon écran intérieur. Tout ça pour un déclic. Tout ça pour le fruit solitaire d’un tilleul endormi qui, en plein hiver, suspend son vol et rêve de légèreté, de rires et de liberté.

Vygo

30 avril 2013

"Je sais une oasis chastement couronnéeDe silence

Le Moutier-d'Ahun

"Je sais une oasis chastement couronnée
De silence et de paix, de parfums et de fleurs,
Vestale au vert manteau, discrètement ornée
D'un voile de forêts aux sombres profondeurs.
Des rochers de granit lui font une ceinture,
Et la Creuse, y traçant un liquide sillon,
Bouillonne frémissante, ou mugit, ou murmure,
Et lui lègue, en fuyant, son nom [...]"

Mélanie Bourotte, "Echos des bois"

26 avril 2013

L’homme qui savait le nom des fleurs L’homme qui

Les herbes passées

L’homme qui savait le nom des fleurs

L’homme qui savait le nom des fleurs
Aux rives des fossés
Semait ses mots sur le chemin
Semait des tâches de couleur
Et l’on voyait soudain
Un lézard vert sous le jasmin
Sous le jasmin ?
Le myosotis et le genêt
Je crois
Il faudra que je demande
Mais le lézard a disparu

L’homme qui avait le nom des fleurs
Aux rives des fossés
Semait le sien sur le chemin
Compagnon rouge traces de pas
Et la couleuvre reviendra
Ce qui dans l’herbe se faufile
Ce qui chuchote dès le matin
Le nom des fleurs, le nom de l’homme
Ce qui le soir après l’ondée
Relève doucement la tête

L’homme fleur
Aux rives des fossés
Son nom latin
Je m’en souviens parfois
Compagnon rouge trace de pas
Bord de rivière  aquatica
Sagittaria sagittifolia
Ou quelque chose comme ça

Trois mots qui passent
Aux rives des fossés
Et qui reviennent en terrasse
Vingt ans plus tard
A regarder couler la Seine

Jean-Paul Raffel, "Dormir la fenêtre ouverte"

26 octobre 2014

Plus que tout au mondeJ'ai aimé ces ramuresEt ces

Effeuillaison - Copie

Plus que tout au monde
J'ai aimé ces ramures
Et ces ramages
Ces bourgeons printaniers
Au bout de mes doigts
Ces oisillons grouillants
Dans leurs bateaux de pailles
Je les ai aimés
Je les ai nourris
Ornements éphémères
Bijoux d'un été
Ces attributs sylvestres
Ces gazouillis voraces
Je les aimés
Je les ai portés
Mais voilà la saison des glaces
Et les vents du nord qui nous menacent
Je serai nu et frêle
Dans ces froidures cruelles
Mais au cœur de l'hiver
J'oserai croire au miracle
D'un autre printemps

Julien Hoquet

 

31 mai 2014

"Le propre du poète est de penser et de se penser

Le Donzeil

 

"Le propre du poète est de penser et de se penser en images - de considérer les choses dans la mesure où elles peuvent se prêter à la formation des images qui constituent son particulier moyen d'expression. Sa faculté majeure est de discerner, dans les choses, des rapports justes mais non évidents qui, dans un rapprochement violent, seront susceptibles de produire, par un accord imprévu, une émotion que le spectacle des choses elles-mêmes serait incapable de nous donner. Et c'est par cette révélation d'un lien secret entre les choses, dont nous constatons que nous n'avions jusque-là qu'une connaissance imparfaite, que l'émotion spécifiquement poétique est obtenue."

Pierre Reverdy, "Sable mouvant", Poésie/Gallimard

 

25 avril 2014

[...] C’était un semis de ces insectes d’azur à

Rencontre

[...] C’était un semis de ces insectes d’azur à reflets d’améthyste et glacés d’argent qui pullulent chez nous sur les saules et qui, de là, se laissent tomber en pluie sur les fleurs. Elles en étaient si chargées en cet endroit et elles s’harmonisaient si bien avec les tons changeants de ces petits buveurs d’ambroisie, que cela ressemblait à une fantaisie de fée ou à une illusion d’irisation dans les reflets rampants du soleil à son déclin.
Notre naturaliste n’avait que faire d’une denrée si connue en France ; mais il ne pouvait se défendre d’en remplir ses mains pour les admirer en bloc.
À propos de ces petites bêtes, il me dit tenir d’un naturaliste de ses amis que, dans un moment où ce fut la mode d’en faire des parures, on les achetait à un prix exorbitant. Nos petits bergers de la Creuse ne l’ont pas su ! Si la mode revient, il faudra le leur dire. Au prix qui a existé, de soixante à quatre-vingts francs le cent, la prairie où nous étions en contenait bien pour plusieurs millions.

George Sand, "Promenades autour d'un village"

 

26 octobre 2013

"Où sont les arbres ? les arbres qui ne bougent

La trogne

"Où sont les arbres ? les arbres qui ne bougent pas, dansant sur place avec le vent,
et leurs longues racines nouées au roc, clouées aux pierres.
Où sont-ils ? Les arbres qui passaient d'une saison à l'autre, mesurant le ciel,
pesant la pluie, et le soleil, comptant le givre et la rosée."

Marcelle Delpastre, "Le chasseur d'ombres et autres psaumes"

11 mars 2015

"L'arbre, le premier signe. C'est à voir l'arbre

L'arbre désoeuvré

"L'arbre, le premier signe. C'est à voir l'arbre au loin sur les nuées du soleil couchant ou de l'aube que l'être conscient a jugé qu'il pourrait - fixant à un zigzag de charbon sur une paroi sa parole née mais encore enfante - ajouter au monde ce supplément, au visible cet avenir qui se retournerait contre l'apparence, qui y ouvrirait une faille."

Yves Bonnefoy, "La Vie errante", poésie/Gallimard

 

11 février 2015

"La neige rend vaine toute attente d'imminence,

L'étang de froid

"La neige rend vaine toute attente d'imminence, d'une révélation qui bouleverserait notre rapport convenu à ce qui se déploie, s'étend, à ce qui se déroule, dure et passe ou s'interrompt, à notre existence même. Elle nous fait étranger dans les lieux les plus familiers, nous éviscère de nos pensées routinières, des sédiments de nos sensations et de nos sentiments."

Bernard Blot, "Des raisons d'errances", La Fidelienne

 

21 décembre 2013

Nous serons promeneurs à la rue foraineColorés de

L'automne glacé

Nous serons promeneurs à la rue foraine
Colorés de ballons et des pommes d’amour
Sans pouvoir y trouver le plaisir
Faute de réalité
Nous saurons où la parlure nous mène
J’entends bien la musique
Oh, j’entends
Mais je n’y puis entrer
L’œil à la fin prend cette tournure
Il enferme toute la fête
et s’éteint
Je ne peux y entrer

Jean-Paul Raffel

 

28 octobre 2013

"Trouver un champignon ! Cette chair vivante, la

Boletus edulis

"Trouver un champignon ! Cette chair vivante, la tête brune avec le blanc dessous comme de la crème - comme de la mousse. Ne serait-ce qu'une girolle, dorée comme de l'or. En recevoir dans l'âme, dans le cœur, dans le corps, si profondément qu'on ne sait pas si c'est le corps, le cœur, ou l'âme - un coup comme un coup de couteau. L'évidence. Trouver ! [...] Trouver. L'évidence. Comme un champignon. Même un champignon."

Marcelle Delpastre, "Les chemins creux"

3 novembre 2013

"C'est pourquoi - je l'ai dit - je m'attache aux

La Creuse au Breuil

"C'est pourquoi - je l'ai dit - je m'attache aux reflets éphémères. J'y trouve une consolation. Je leur suis comparable, en quelque sorte voisin ou frère, même si je ne leur ressemble pas.
Des amis me sont morts, et beaucoup de parents. Je les salue sereinement, je leur offre un sourire, comme l'on peut sourire à l'aurore, au jardin, aux frondaisons de mai mousseuses d'ombres."

Marcelle Delpastre, "Cinq heures du soir"

 

23 octobre 2013

le saule têtard confondant le feuillage emplumé

La trogne

le saule têtard

 

confondant

le feuillage emplumé et le ciel étoilé

enfourchant la nouvelle parure

e.t.

desséché autant qu'un hareng saur

revenu des siècles à venir

se fendait la poire

devant nos idées farfelues

 

contre toute attente

les passantes et les passants

le prenaient pour un poirier

se laissant aller à rêver d'eau de vie

 

andrée wizem

6 septembre 2013

La maison fermée

Chaque fin de semaine, une photo. Un poète, passant par là, s'en inspirera peut-être. Ou peut-être pas.

Quelques photos de ce blog, et d'autres, seront exposées à l'Office de Tourisme d'Ahun

du 3 septembre au 3 octobre 2013

La maison fermée

Les beaux jours s'éloignent, les maisons se ferment. L'ombre s'allonge. (fw)

2 juin 2013

"Les maisons, dans la campagne, ont toujours un

La vieille maison

"Les maisons, dans la campagne, ont toujours un air insolite. Parmi les choses naturelles, plus mortes, plus silencieuses que les rochers, elles prennent une présence intense. Même s'il les habite, c'est l'absence de l'homme qu'elles évoquent comme des tombes géantes.
L'abandon du Moulin aggravait cette impression. Aucune porte béante, aucune vitre brisée, aucun volet pendant ne l'indiquait, mais seulement une sorte d'écho du silence, qui le rendait plus sensible. Ces murs de granit, ces toits de tuile groupés dans leur désordre témoignaient d'une fuite, d'une désertion, d'un combat malheureux conclu par le silence et la mort."

Jean Blanzat, "La Gartempe"

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