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La Creuse, de reflets en ballades
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6 mars 2014

"Voyez cet arbre gris. Le ciel a pénétrépar ses

L'arbre, le ciel et l'eau

"Voyez cet arbre gris. Le ciel a pénétré
par ses fibres jusque dans le sol -
il ne reste qu'un nuage ridé quand
la terre a fini de boire. L'espace dérobé
se tord dans les tresses des racines, s'entortille
en verdure. - De courts instants
de liberté viennent éclore dans nos corps, tourbillonnent
dans le sang des Parques et plus loin encore."

Tomas Tranströmer, "Baltiques", Poésie/Gallimard

 

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11 février 2014

ciel ma terre il est des pays où douter des

L'étang des Landes

ciel ma terre


il est des pays
où douter des oiseaux
devient monnaie courante

comment ne pas confondre
oiseaux et mirages
plume ou plomb

sans nommer ce qui traverse le ciel
ce qui fuse transperce troue et disperse
les oiseaux sombrent
le ciel est un vaste désert
la poésie réduite en poussière

quand il se dit que ce qui tombe est de l'eau claire
pousse un murmure d'arbres
ouvert comme un bec


andrée wizem

  

28 janvier 2014

"[...] et la maison qu'on voit au fond semble

Les fenêtres

"[...] et la maison qu'on voit au fond semble attendre d'obscures injures;
     une maison que le temps caresse avec ses doigts d'usure et de parjure, ses ongles frôlant les ardoises du toit; une maison qui joue avec le temps, le soleil et le mauvais temps, les cartes mauvaises du vent qui fait jouer les girouettes;
    une maison qui porte l'ancienne blessure du temps et joue l'amour à contre-temps, à contrecoeur contre le vent, sous le manteau traînant des crépis délabrés et des ronces, avec son coeur comme un écu sur la poterne."


Marcelle Delpastre, "Le chasseur d'ombres et autres psaumes", Edicions Dau Chamin De Sent Jaume

 

24 janvier 2014

"Je n’entrerai pas dans votre coeur pour limiter

L'étang de vent

"Je n’entrerai pas dans votre coeur pour limiter sa mémoire. je ne retiendrai pas votre bouche pour l’empêcher de s’ouvrir sur le bleu de l’air et la soif de partir. je veux être pour vous la liberté et le vent de la vie qui passe le seuil de toujours avant que la nuit ne devienne introuvable."

René Char, "Fureur et mystère"

 

6 octobre 2013

Il vient Il vient. Des vagues d’oiseaux passent

Les grues à Fransèches

Il vient


Il vient.

Des vagues d’oiseaux passent depuis hier

Depuis l’automne

Les feuilles

Passent de la première rousse à la dernière

Sur la boue la trace

Il vient.

Depuis l’automne

Au premier frisson

Nos hommes solitaires  marchent sur la plaine

Tenant leur col de la main gauche

Et la mâchoire serrée.

Il vient.

Entre les hommes

Entre les oiseaux

Le vide

Et la peur de l’hiver

Le vent le vent les pousse.


Jean-Paul Raffel

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10 octobre 2013

"[...] ils ont des plumes couleur de tempset des

Les grues à Fransèches

"[...] ils ont des plumes couleur de temps
et des ailes de plomb
Les oiseaux migrateurs osent seuls
le nécessaire exode hauturier

Sous quel toit hiberner maintenant
Les arbres se dépouillent
et lévitent jusqu'aux nuages
L'étang se clôt sur une prophétie de ciel mort"


Bernard Blot, "Des raisons d'errances"

14 mai 2013

"Le poèteet la roue des questionsA-t-il failli

Page d'écriture au Bar en Zinc

"Le poète
et la roue des questions
A-t-il failli lui aussi ?
Il s'est battu
tant que le monde avait une assise
et le berger une étoile
Il a hurlé avec les fous
et arboré le sourire de l'éveillé
Il a tendu la main
jusqu'à ce qu'on la lui coupe
De sa marge
il observe maintenant les broyeurs
succédant aux broyeurs
Jusqu'à quand ?"

Abdellatif Laâbi, "Zone de turbulences"

6 juin 2013

La vermine et le temps Toutes les maisons vides

La vieille maison

La vermine et le temps

Toutes les maisons vides un jour se vident
Leurs matrices expulsent le dernier souvenir
L’enfant mort vieux qui guettait son soupir
Les chevaux morts debout dans l’écurie
La malle-poste et le souffle d’un équipage
J’arrivai en chantant à la petite ferme
Jean me tenait l’épaule il nous restait du vin
La nuit il ne se passa rien
Cri de chouette, porte battante à la grange
Froid vif assez pour se recroqueviller
Toutes les maisons vides ont ce souffle tiède
Elles sentent le champignon
Nous sommes partis à l’aurore laissant nos corps
Nos corps dormir dans la paille
D’une maison à l’autre nous roulons avec le silence
Ce qui fait craquer le bois c’est la vermine et le temps.

Jean-Paul Raffel, "Dormir la fenêtre ouverte"

3 mai 2013

"Nulle part on ne rencontrerait ces vallées si

Le Moutier-d'Ahun

"Nulle part on ne rencontrerait ces vallées si calmes, ces oasis de verdure à l'ombre des grands chênes, ces retraites silencieuses qu'aucun bruit humain ne semble devoir troubler jamais. Souvent, on peut se croire transporté dans ces parcs anglais où l'art rassemble dans un petit espace tous les symboles du bonheur champêtre, le ruisseau au cours paisible, les troupeaux couchés sur l'herbe, les villages cachés derrière les rideaux de peupliers et de saules, les sentiers bordés d'aubépine et d'églantiers en fleurs. Cette variété infinie, cette rapide succession de scènes changeantes ont un charme inexprimable. [...] Au loin étincellent comme un ruban argenté les eaux limpides de la Creuse. Placez au milieu de ces paysages quelque clocher isolé, quelques maisons aux toits de chaume groupées sur le penchant d'une colline et cachées à demi par un repli de terrain ; fermez l'horizon par des lignes indécises de nos montagnes, vous aurez le plus charmant et le plus mélancolique tableau que puisse rêver l'imagination du poête ou retracer le pinceau du peintre."

Félix Lecler, "La Creuse"

 

27 février 2013

Les deux bouleaux "...Mais, vient l'hiver qui

Les deux bouleaux

Les deux bouleaux

"...
Mais, vient l'hiver qui rend par ses déluges froids
La figure du ciel, des rochers et des bois,
Aussi lugubre que la nôtre;

Morfondus, noirs, alors les bouleaux désolés
Sont deux grands spectres nus, hideux, échevelés,
Pleurant l'un en face de l'autre."

Maurice Rollinat, "Paysages et Paysans"

20 décembre 2016

Dans ses reflets de lagune vénitienne, elle

Préparatifs

Dans ses reflets de lagune vénitienne, elle veille.
Là-haut, ça court, ça se précipite, ça scintille, ça "Jingle Bell",
Ça s'enrubanne, ça s'enguirlande, ça emballe et ça s'emballe.
Les rires s'étoilent en parfums de sucre, de vanille, de chocolat.
Comme une mère elle patiente, nostalgique et indulgente:
Il faut bien que Noël se passe.
Elle reste là, vigilante et inquiète
Et cache au fond de ses reflets son angoisse et sa peur.

Ariane Adam

 

12 novembre 2015

Trouble d'automne

Chaque fin de semaine, une photoUn poète, passant par-là, s'en inspirera peut-être. Ou peut-être pas.

Trois reflets ont la chance de participer au Salon d'artistes à l'office de tourisme d'Ahun

du 12 octobre au 14 novembre 2015

(plus d'informations ici)

 

Trouble d'automne

Novembre est chaud. Les châtaigniers se dénudent, les bouleaux s’embrasent. (fw)

 

5 août 2015

syncopes ............................ lorsque

Bracieux (Loir-et-Cher)

syncopes
............................
lorsque noir c'est noir
blanc se nappe de soleil
jusqu'à s'y noyer
............................
degrés de richter
pour se lever du bon pied
des lapées de lait
............................
les bras nous en tombent
la longue fuite éperdue
rend aveugle et sourd
............................
astre fou aux trousses
les convulsions de la danse
la langue avalée
............................
des joueurs de fifre
contorsions de la musique
à prendre un' syncope
............................

andrée wizem

 

28 mai 2015

"[...] Quand la couleur coule à pleins bords -

Nature en fête

"[...] Quand la couleur coule à pleins bords - quand l'air s'embrouille dans les branches. Le coeur va plus loin que les yeux, la flamme renaît de la cendre. Entre le fil qui coule et le trait lumineux les mots n'ont plus de sens.
On n'a plus besoin des mots pour se comprendre."

Pierre Reverdy, "Sables mouvants", Poésie/Gallimard

 

24 juin 2015

sérénade............................ profondeurs

Balades estivales

 

sérénade

............................

profondeurs d'étang
pour une suite en lac majeur
rando altitude

............................

un instantané
l'eau emporte ses merveilles
sans un mot de trop

............................

les passants au gué
un zoom sur une aventure
vue à contre jour

............................

quelques branches s'accrochent
au souffle du vent d'été
main dans les cheveux

............................

ruisseau à l'oreille
mousse enlaçant les chevilles
et bâton de marche

............................

andrée wizem

 

28 octobre 2014

"Il fait un temps fou de soleil carrousella

Effeuillaison

"Il fait un temps fou de soleil carrousel
la végétation de l'ombre partout palpitante
le jour qui promène les calèches du bonheur
le ciel est en marche sur des visages d'escale
d'un coup le vent s'éprend d'un arbre seul
il allume tous les rêves de son feuillage
[...]"

Gaston Miron, "L'homme rapaillé", Poésie/Gallimard

 

15 octobre 2014

"Un jour après un jour. Et tous les jours sont

Sous-bois sur Creuse

"Un jour après un jour. Et tous les jours sont beaux d'être des jours d'été, d'être le temps d'automne,
et l'amour peut durer très longtemps, d'être attendu, d'être venu, de tendrement s'épanouir, et de survivre, et de ne pas finir.
Et de fleurir, et de mûrir, et de passer l'hiver dans la tiédeur de l'âtre et la chaleur du lit. Et le rêve semble suffire.
Mais moi, je n'aimerai que par surprise, un soir d'automne où le soleil est en feu. [...]"

Marcelle Delpastre, "Le chasseur d'ombres", Edicions dau Chamin de Sent jaume

 

7 octobre 2014

Quand tu reviendrasReconnaîtras-tuLe vieux chêne

Les Ribières

Quand tu reviendras
Reconnaîtras-tu
Le vieux chêne fatigué
Le moulin lézardé
Et l'occitan des têtes chenues?
Et ce petit garçon ému
Sauras-tu le retrouver?
Dans ce chemin d'étoiles
Près de la rivière communale
Où nous nous sommes baignés?
Et les vents du châtaigner
Où nous nous sommes embrassés
Sauras-tu les retrouver?
Quand tu reviendras
Mais reviendras-tu jamais?

Julien Hoquet

 

17 septembre 2014

"L'eau qui coule en ses combes emporte la lune à

Regards

"L'eau qui coule en ses combes emporte la lune à ses flancs, le soleil et les astres,
une étoile aux replis de sa face où je cherche un visage qui soit le visage de l'eau.
Les arbres y tremblent, peupliers ou trembles, les saules sans nombre, les doux merisiers,
[...]"

Marcelle Delpastre, "L'araignée et la rose", Edicions dau Chamin de Sent jaume

 

8 juillet 2014

Et le café qui passe lentement trouble le

L'ombre de la nuit

Et le café qui passe lentement trouble le silence. Dans mon bol rempli de nuit noire, un nuage de lait s’étend lascivement. Je cherche ton étoile, petit frère.

Espiègle, tu te caches dans un ciel complice. Tu étais d’une autre vie ; une vie à déchiffrer dans tes gestes, ton regard, tes colères, ta souffrance, tes absences et ton rire. Un rire joueur, sans réserves ; un rire qui se joue des mots que tu n’as jamais prononcés.

Arrête de me taquiner. Où es-tu petit frère dans l’ombre de la nuit ?

Le café est froid. Le jour m’attend, petit frère.

 

leather

 

9 avril 2014

"Entre les arbres, il crut d'abord connaître les

La maison hantée

"Entre les arbres, il crut d'abord connaître les étoiles; il entendit couler de l'eau, à la sortie des mares. Un insecte, un plumage d'oiseau peuplèrent sa mémoire,
un étincellement... Dieu! Le souffle qui manque et le sang qui s'arrête! Il regarde en arrière, où la maison debout demeure, la porte inutile et la cheminée nue."

Marcelle Delpastre, "Le chasseur d'ombres", Edicions dau Chamin de Sent jaume

 

16 février 2014

Je vous ai vueMusée d’OrsayNikon en

Bordures

Je vous ai vue
Musée d’Orsay
Nikon en bandoulière
Près de ce tableau impressionniste
Je vous ai vue
Souffler les brindilles
Les yeux plissés
L’enfance aux lèvres
Vous ne m’avez point vu
J’étais caché dans un champs aux corbeaux
À vous admirer
Près de cette peinture craquelée
Alors que vous étiez ravie
Dans ce kaléidoscope, toute éplapourdie

Julien Hoquet

 

11 décembre 2013

Prendras-tu ta mémoire à témoinPour y chercher un

arbre en eau

Prendras-tu ta mémoire à témoin
Pour y chercher un frère
Le casque d’un soldat
La couleur kaki qui se cache
Ou
La bouche-bée
Le sourire de la chenille
L’Inca
Sais-tu qu’il ne faut pas décrire
Sous peine de trouver ce qui dort chez toi
Si je t’écarte les paupières
Ce n’est pas pour t’éveiller
C’est pour entrer de force
La lumière dans ton rêve

Jean-Paul Raffel

 

25 janvier 2014

Le pommeau de la canne frappe contre la

Les fenêtres

Le pommeau de la canne frappe contre la porte
Entends la voix de ta mère
Elle accouche à nouveau
L’enfant viendra au monde une seconde fois
Ce sera toi coiffé de ta revanche
Mais la maison est dépassée par le temps
Ce que je perçois, l’oreille contre le bois
Ce sont les bruits de ta naissance ceux que tu viens d'oublier
L’odeur de famille vient avec la mémoire
Un civet, des fleurs et le parfum des morts embaument le jardin
Et puis cette silhouette referme la porte

Jean-Paul Raffel

 

9 décembre 2013

"J'ai passé par le pont de la mort, Madeleine !

arbre en eau

"J'ai passé par le pont de la mort, Madeleine ! Le miroir s'est brisé - le côté gauche, le côté droit, entre deux l'irréparable fente.
Dis-moi, suis-je tombé si bas ? Au fond de la fêlure imperceptible, il fait si froid, comment me mettre ensemble ? L'arbre pose au miroir d'insidieuses réponses, et la face de l'eau lui réplique à la fois ses reflets et ses ombres, et les racines par-dessous boivent l'eau blanche. De sucs, de sels et de secret se fait la sève. [...]"

Marcelle Delpastre, "Cinq heures du soir"

 

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