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La Creuse, de reflets en ballades
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14 juin 2013

Un air de fête Les martinets, entre les toits,

Fleur rouge

Un air de fête

Les martinets, entre les toits, entre les arbres,
Lancent leurs cris stridents.
Au loin les champs rougeoient comme feux de la Saint Jean.
Tâches de sang au corsage de l’infidèle,
Tâches mouvantes sous l’ombrelle impressionniste,
Carrés de soie lissés par le vent,
J’ai voulu vous prendre à pleine brassée.
Mais vous n’êtes pas fleurs apprêtées
A vous laisser mettre en cage.
Et je n’ai plus en mains
Qu’un amas déchirant de pétales chiffonnés.

Les martinets lancent des cris stridents.

Camille Pioz, "Papier carbone"

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19 mai 2013

La fumée Assise au bord de l’eauelle fronce les

Page d'écriture au Bar en Zinc

La fumée

Assise au bord de l’eau
elle fronce les sourcils
quelque chose en face
a bougé
Comme les vagues
des souvenirs viennent lui flairer les pieds
des bons
des moins bons
Loin devant elle
une fumée monte des arbres
Tout près d’elle
des oiseaux s’envolent
Un jour
dans ce qu’il faudra de lunes
elle aussi traversera
Pour l’instant
le vent qui se lève
emporte ses larmes

Alan Bathurst, "Bordures du Champ secret"

21 mai 2013

Historiette Je peux finir le chapitre ?Je

Page d'écriture au Bar en Zinc

Historiette

Je peux finir le chapitre ?
Je voudrais tant savoir
D’Artagnan, Milady
Et le secret d’Athos
Encore une page s’il te plaît
Rien qu’une ligne et j’éteins

Pourquoi devrait-il quitter
Cette histoire plus vraie que la vraie
D’amis plus sûrs que les siens
D’une vie plus claire que la vie

Sous l’abri frêle des draps
Lampe de poche à la main
L’enfant résiste, les yeux las
Il faudra bien plonger pourtant
Froid peur noir je ne sais pas
Les monstres de la nuit l’attendent

Un jour, longtemps après
Quand tout sera fini
Ou presque
Le souffle court
Il suppliera toujours
Un moment s’il vous plaît
Rien qu’une heure

Pourquoi doit-il quitter
Les amis changeants qui enchantent sa vie
Sa vie si claire en cet instant
Et l’histoire bigarrée qui s’est par lui écrite
Si vraie, trop vite

S’il vous plaît
Encore un paragraphe
Rien qu’un mot un regard
Une bouffée
Une seconde

Alice Calder, "Bordures du Champ secret"

11 mai 2013

"Les livres que m'offrait l'étagère pour me

Ecorce de bouleau (détail)

"Les livres que m'offrait l'étagère pour me révéler le secret de l'Esprit, c'étaient une Civilité des familles, une Clef des Songes, avec, en supplément, Le Langage des Fleurs ; une brochure à couverture illustrée où des personnages échangeaient des propos alternés avec beaucoup de points d'exclamation : Les Chevaliers du Brouillard  ; puis un tout petit livre, dont le texte, pourtant lisible, ne présentait aucun sens : les Catilinaires  de Cicéron (encore un héritage de l'oncle séminariste) ; un autre, presque aussi incompréhensible, qui portait en titre sur une couverture laquée : Le Dernier Jour, poème en douze chants, orné d'un frontispice où une femme qui avait l'air très en peine s'appuyait à une colonne rompue, au-dessus d'une légende calligraphiée :
                                                                           Telle brille une rose au milieu d'un désert.
Et, dans l'ombre de mon grenier, je récitais à mi-voix, pour tâcher d'en tirer quelque chose, ce pauvre beau vers chargé de splendeurs vaguement entrevues : la poésie et le romanesque, et l'exotisme, et la Femme, et la Douleur, et la Beauté."

Jules Marouzeau, "Une Enfance"

 

29 avril 2013

"Bâtie à proximité des bords riants de la Creuse,

Le Moutier-d'Ahun

"Bâtie à proximité des bords riants de la Creuse, dont les eaux claires et rapides, enjambées par un vieux pont moyenâgeux, baignant là, sur leur passage, de vertes et fertiles prairies, au pied d'une colline boisée au sommet de laquelle on aperçoit au loin la petite ville d'Ahun, l'église du Moutier-d'Ahun, de quelque côté qu'il arrive, apparaît aux regards étonnés du touriste, dans un décor naturel d'une indicible beauté. En effet, arbres et prés aux tonalités innombrables, dont les heures et les saisons varient à tout instant l'harmonieuse symphonie, font au village un cadre d'une émouvante poésie qu'on ne se lasserait pas d'admirer."

Paul Raboutet, Les merveilleuses boiseries sculptées de l'église du Moutier-d'Ahun, cité dans "couleur Creuse"

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28 mars 2013

Chanson de l'alouette "Quand je vois l’alouette

L'oiseau sur un fil

Chanson de l'alouette

"Quand je vois l’alouette battre de joie
ses ailes dans un rayon
au point de se laisser choir
par la douceur qui au cœur lui va
ah si grande envie m’en vient
de ceux-là que je vois joyeux
que je m’émerveille qu’aussitôt
le cœur de désir ne me fonde

Hélas je croyais tant savoir
d’Amour, et tant j’en sais si peu
car ne puis me retenir d’aimer
celle dont jamais je n’aurai rien
elle m’a pris mon cœur, et tout moi
et le monde entier
si elle me manque je n’ai plus rien
que désir et cœur envieux.
[...]"

Bernard de Ventadour

25 août 2016

Le moulin s'est arrêté. Son reflet paisible ne me

Comme une ombre à la fenêtre

Le moulin s'est arrêté.
Son reflet paisible ne me raconte pas qui de l'eau ou du vent,
si la roue ou les ailes faisaient gémir son corps, faisaient grincer la meule.
Dors meunier, dors,
Ton moulin n'ira plus trop vite.
Le meunier est parti, il n'y a plus de grain à moudre.
Le moulin s'est endormi.

Ariane Adam

 

24 mai 2016

Quelques vers À ces feuillages verts Dans vos

Décor

Quelques vers
À ces feuillages verts
Dans vos larmes en rivière
Damoiselle
Quelques vers
De trouvères
À ce breuil à l’envers
Sur votre cœur de verre
Ô Damoiselle
Quelques vers
Pour cette pluie prisonnière
De vos yeux de cerf
Ma Damoiselle
Quelques vers
Qui s’ouvrent à l’univers
De nos amours printanières
Ô ma Damoiselle

Julien Hoquet

 

28 mars 2016

HK et les saltimbanks, "Ce Soir Nous Irons Au

Bientôt

 

 

  

HK et les saltimbanks, "Ce Soir Nous Irons Au Bal"

La nouvelle chanson d’HK et les saltimbanks, « Ce soir, nous irons au bal », est un hommage aux victimes du 13 novembre dernier. La réalisatrice Sandrine Herman en a réalisé le clip, qu’elle offre en exclusivité à l’Humanité. Un clip formidable d’énergie, un appel à résister à l’obscurantisme, joué en langue des signes. 

 

1 juillet 2014

"Marche! N'arrête pas. Les roses mal fleuries ont

Errances

"Marche! N'arrête pas. Les roses mal fleuries ont pourri le sommeil, jamais plus je ne dormirai. Tout lieu de la terre m'est route, l'univers m'est un chemin.
L'homme n'a plus de souffle. Il marche. Il ne sait pas s'il dort, s'il marche en rêve. Il marche."

Marcelle Delpastre, "Ballades", Type-Type Plein Chant

 

28 mai 2014

Je te laisse Je ne vieillirai pas Tu ne

l'arbre-poète

Je te laisse

     Je ne vieillirai pas
     Tu ne vieilliras pas
     Nous ne vieillirons pas
     Ensemble
     La mort, Ma Douce
     M’aura montré le pas
     Bien avant
     Je te laisse les pommiers
     Je te laisse le bocage
     Saint Victor les toits entre eux blottis
     La rue frileuse
     Saint Eloi les rares cheminées
     L’air et les rires bleuis au froid
     Les courbes de la Gartempe
     Ses secrets de femme ombrant
     Les vallons qui se croisent
     Je te laisse la forêt au Theil
     La forêt pour marraine
     Pardon si je te laisse
     Tu aimeras nos traces, les arbres
     Le cri d’un rapace
     Un troupeau sous la neige
     Ce qui est, ce qui n’est plus
     Et déjà t’accompagne.

 

Jean-Paul Raffel

 

23 avril 2014

"Et pourtant je suis là. Le hêtre est superbe en

Rencontre

"Et pourtant je suis là. Le hêtre est superbe en ses ramures, il se dresse à l'abord du chemin. On dirait un signal éternel, un hymne de beauté au soleil, aux saisons, à la brume d'été. Le hêtre magnifique, le bleu de la véronique, la plus obscure petite plante, et la lanterne du ver luisant, la fourmi au secret de son antre.
je suis là. Je m'assieds sur mon ombre. Je suppute en mon coeur l'exceptionnelle chance."

Marcelle Delpastre, "Cinq heures du soir"

 

29 janvier 2014

"Je me souviens, c'était un matin, l'été,La

Les fenêtres

"Je me souviens, c'était un matin, l'été,
La fenêtre était entrouverte, je m'approchais,
J'apercevais mon père au fond du jardin.
Il était immobile, il regardait
Où, quoi, je ne savais, au dehors de tout,
Voûté comme il était déjà mais redressant
Son regard vers l'inaccompli ou l'impossible.
[...]"

Yves Bonnefoy, "Les planches courbes", Poésie/Gallimard

 

18 juin 2013

"C'est vers onze heures que le soleil paraît, par

Ciel nébuleux

"C'est vers onze heures que le soleil paraît, par une dissipation des nuages, une échancrure, plus que par son éclat. L'avant-soir est le moment le plus pur. C'est l'heure où ce pays semble prendre conscience de soi, ajoutant à ce qu'il est la lumière dans laquelle on le voit : lumière toujours changeante, et qui paraît animée, subtile, discrète, respectueuse de la couleur. C'est la lumière de l'existence humaine."

Jean Guitton, "Une mère dans sa vallée"

27 janvier 2015

"La fontaineétait tenue dans l'étau des glaces.

Le nymphéa

"La fontaine
était tenue dans l'étau des glaces. Son
jaillissement
avait fait un douloureux retour à l'opaque.
Toute certitude à propos de l'eau
était suspendue. Il y avait de quoi applaudir
à ce retrait de limpidité : il augmentait la
contemplation d'une perplexité plus grande, il
ajoutait
la rigidité à ce qui était déjà peu crédible."

François Jacqmin, "Le livre de la neige", Editions de La Différence

 

3 février 2015

"Je sais maintenant combien peudure le cœur

Seuil

"Je sais maintenant combien peu
dure le cœur combien peu la lumière
du matin et que toute chose vivante
est minuscule et de peu de poids
et que toute parole ne vaut rien de plus
qu'une haleine un souffle
mais
il est bon que les mots durcissent
ainsi obscurément sur des seuils
et qu'il y ait parfois, ouverte
après un silence,              une porte.

Lionel Ray, "Pages d'ombre", Gallimard

 

14 novembre 2014

"Les hommes parlent. Les hommes se sont mis à

L'étang de paix

"Les hommes parlent. Les hommes se sont mis à parler et le bonheur s'épanouit à l'aisselle de chaque feuille, au creux de chaque main pleine de dons et d'espérance folle. Si ces hommes parlent d'amour, sur la face du ciel on doit apercevoir des mouvements de traits qui ressemblent à un sourire."

Pierrre Reverdy, "Sable mouvant", Poésie/Gallimard

 

11 septembre 2014

"La maison ressemble à un dessin d'enfant. Une

La maison d'été

"La maison ressemble à un dessin d'enfant. Une candeur intérimaire, apparue parce que quelqu'un s'est bien trop tôt défait du mandat de l'enfance. Ouvrez la porte et entrez! Ici, dans la maison, l'agitation règne sous le toit et la paix dans les murs. [...]"

Tomas Tranströmer, "Baltiques", Poésie/Gallimard

 

22 juin 2014

Chantez-moi l'étéAvec le vent et

L'été

Chantez-moi l'été
Avec le vent et l'oiseau
Sifflements plaintifs
Gloussements rigolos
Tsî-titi, iouli-iouli
Voiliers du ciel
Barbotes d'azur
Piou-piou, ouat-tiou-tiou
Passereaux et chardonnerets enchanteurs
Chantez-moi l'été
Turlit-turlu mélancolique
Tire-tire-la-bibite
Avec vos trilles enjouées ou plaintives
Gazouillez, glougloutez ou ricanez
Tchilup-tchilup, tchip-a-tchip
Roucoulez et coulez dans nos oreilles
Le temps d'un dernier été
Caquetez, crépitez et croassez
Dans les herbes chaudes gorgées de pollens

Julien Hoquet

 

19 mai 2014

"[...] Mais les orchidées sont aussi testicules,

Orchis militaris

"[...] Mais les orchidées sont aussi testicules, langue, sourcils, Satyre, Folle femelle, Mâle fou, Dame de velours, Sabot de Vénus... singe, bouc, grenouille, bécasse, araignée, papillon, abeille, mouche, guêpe... androgynes et chimériques.
Elles ne sont pas soumises aux seules lois de la nature, de la reproduction... Elles affichent haut et fort des comportements libres, des séductions gratuites, des extravagances sexuelles, des folies, des rêves... Elles sont humaines !"

Richard Bernaer, "Atlas de répartition des orchidées de l'Indre", Indre Nature

 

30 avril 2014

"Il n'y a pas d'images dans la nature. L'image

Typha

"Il n'y a pas d'images dans la nature. L'image est le propre de l'homme, car elle n'est image que par la conscience qu'il en a. Le contenu normal de la pensée est abstrait, informe et flou. L'opération par laquelle l'image se forme est un acte d'attention volontaire. Le poète, l'esprit du poète est une véritable fabrique d'images [...]."

Pierre Reverdy, "Sable mouvant", Poésie/Gallimard

 

29 janvier 2014

"[...] Par les fenêtres qui s'ouvrent sur la nuit

Les fenêtres

"[...] Par les fenêtres qui s'ouvrent sur la nuit comme des yeux crevés, aucun rayon ne filtre, ni signe ni regard, les cris montent au ciel et retombent - glacés, éteints comme des étincelles déchargées dans les oreilles froides des enfants plus que nus qui mendient la mort sur le pavé."

Pierre Reverdy, "Sable mouvant", Poésie/Gallimard

 

30 janvier 2014

Ce sont des herbes à contrejourJe ne serai pas

Les herbes passées

Ce sont des herbes à contrejour
Je ne serai pas dupe
Leur long talus pose la nuit sur ses ombres
On revient donc à la réalité
Qui voudra voir derrière, ou plus loin, c’est selon
Devra l’affronter seul ou bien se faire accompagner
Accompagné, se serait mieux de découvrir à deux
Ce que chacun ignore
La foi s’arrête à la Bordure
Mais le curieux regarde

Jean-Paul Raffel

 

21 mars 2014

"Les hommes n'aiment pas les fleurs. Mais

L'hiver en fin

"Les hommes n'aiment pas les fleurs. Mais quelquefois ils les cultivent, ils les vendent, ils en font de l'argent.
La femme les coupe sans honte, pour rien, par amour.

Mais ici comme ailleurs, qui est miroir ? Qui est l'image ?
Entre l'homme sans âme et la femme sans coeur. Où est le pli ? Où est la place ?
Le reflet ou la face ?
Mauvais critère que les fleurs."

Marcelle Delpastre, "Cinq heures du soir", Terre de poche

 

12 mars 2014

mascaret à force de plonger ton regard dans les

La Creuse au Moutier

mascaret


à force de plonger ton regard dans les flaques d'eau
l'effet de résistance échauffe des remous

roulements des orbites dignes de kaa sous l'insistance du pipeau
aie confiance en demain

les flots peinent au barrage et piétinent à s'encorner à la pierre
n'est ce pas cet inexorable mascaret
pris dans la nasse de l'image

l'eau de source chargée de sel
retroussant des jupons de vagues
dénoue sa gravité en des rubans d'écume


andrée wizem

 

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