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La Creuse, de reflets en ballades
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29 juin 2013

"D'où tiens-tu cette paletteoù chaque couleur

La Creuse au Moutier d'Ahun (détail)

"D'où tiens-tu cette palette
où chaque couleur s'acoquine
à l'insu de l'arc-en-ciel
avec l'indicible ?
Si je dis bleu
je ne dis rien
La teinte est là
mais ce n'est qu'un ingrédient
on dirait obligé
pour faire amende honorable
Et la lumière
dont tu l'asperges du bout des doigts
vient-elle
d'un arrière-pays du soleil
ou d'un coeur étoile
nourri de lucioles
que tu plais à promener
derrière la toile
en plein jour ?

Bleu de toi
déchirant de douceur
semblable à la soif
de la terre
quand elle courtise l'ondée
[...]"

Abdellatif Laâbi, "L'automne promet", Editions de la Différence

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17 juin 2013

"Le ciel est la patrie des nuages. Il en est qui

Ciel nébuleux

"Le ciel est la patrie des nuages. Il en est qui ressemblent aux hommes, capables de se battre mais aussi de s'aimer. Quelquefois, ils s'égarent dans cette immensité. Surtout l'été : il y en a un souvent tout seul là-haut dans le bleu de gentiane. Immobile, il ne sait plus que faire ni où aller. C'est un enfant perdu. [...]"

Christian Signol, "Les vrais bonheurs"

14 juin 2013

"L'âme est une fleur creuse de sang rouge. Elle

Fleur rouge

"L'âme est une fleur creuse de sang rouge. Elle frémit sous les ondées du chant. Elle s'ouvre dans l'éclaircie d'une voix. L'esprit s'éveille au creux du corps, au tronc du souffle, aux racines de la chair. Puis il s'élève dans la gorge et s'enflamme dans l'air pur."
 
Christian Bobin, "La part manquante"

7 juin 2013

"La clé bronche dans la serrureLa porte crie

La vieille maison

"La clé bronche dans la serrure
La porte crie longuement
doucement comme pour prévenir
que toute intrusion ici
fait une inguérissable blessure

Maintenant l'escalier de bois ancien
qui se plaint du poids de mon corps

Si vieille la maison
à l'écart du hameau

Qui quoi donc ai-dérangé
et que décidément j'importune
mêlant sans protocole ni
prudente bienséance
ma durée véhémente
à un temps que j'ignore
et dans lequel encore
je ne sais pas entrer"

Bernard Blot, "Des raisons d'errances"

20 mai 2013

Clair de lune ApesanteurCimes mêléesL’air est un

Page d'écriture au Bar en Zinc

Clair de lune

Apesanteur
Cimes mêlées
L’air est un fluide je nage
Sentiers de plénitude
Voyageurs du large
Silhouettes à l’encontre du familier
Se perdent
Réapparaissent
Toits indistincts
Clairs et blancs
Et tous ces rires d’enfants
S’égaillant  au bercail
Leur amour d’eau-vive
Par les chemins de traverse
Cimes mêlées
Jeux à l’orée des mirages
Apesanteur. 

Camille Pioz, "Bordures du Champ secret"

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6 mai 2013

"Il y a des rangées de pots, des amphores, des

Ecorce de bouleau (détail)

"Il y a des rangées de pots, des amphores, des urnes, des vases, des formes qui sont belles, à voir, à regarder; il y a des moules pour le poème.
   Il y en a de longs, de vastes. Il en est de très courts, il y en a qui se déroulent, de strophe en strophe, à n'y pas croire. Des qui se tissent, qui se tapissent, qui se nouent et qui se dénouent. Des qui s'enroulent, et des qui tournent, des qui tournoient et des qui se recroquevillent. On peut y fondre n'importe quoi, ou bronze ou cire. N'importe quoi. On en retire n'importe quoi.
   Rarement, le poème."

Marcelle Delpastre, "Cinq heures du soir"

5 février 2013

A Busseau (à la Pouète)Dis tu t'rappelles,c'était

le viaduc

              A Busseau
                                 (à la Pouète)
Dis tu t'rappelles,
c'était un samedi en septembre; l'année on sait pas; jamais on sait.
On était tous les quatre, on sortait de la mairie. Il faisait beau.
A Busseau, la salle là-haut, le repas; et les cigares...
Les cigares, on a ri.
Et encore aujourd'hui.
Dis, tu t'rappelles à Busseau.

Corydale

18 février 2013

"La maison paysanne est à l'image du pays où elle

La maison au loin

"La maison paysanne est à l'image du pays où elle est bâtie. La pierre, le bois, la terre de sa proche campagne la façonnent et la colorent. Son orientation et ses ouvertures dépendent du soleil, de la pluie et des vents dominants. La maison rurale s'intègre avec une infinie modestie dans son environnement. Cette symbiose lui confère une fascinante beauté."

Robert Guinot, "Vie et histoire de la campagne creusoise et limousine"

9 août 2016

"La brise qui se lève rend les bateaux fébriles"

L'été au port

"La brise qui se lève rend les bateaux fébriles"
Les coques se balancent et les mâts oscillent comme de géants métronomes,
Impatients d'arborer leur voilure pour les offrir à l'étreinte du vent
Et de partir fiers et magnifiques
Pour un court voyage, un long cours ou un aller sans retour.
Je ne suis pas marin, je resterai à quai et leur confierai mes rêves.

Ariane Adam

 

8 juin 2013

L’arbre et la masure s’étaient retrouvés là par

La vieille maison

L’arbre et la masure s’étaient retrouvés là par hasard au bord du font perdu, quelque part en Creuse. Chacun de leur côté, ils avaient entendu parler de ce lieu magique où on arrive l’âme en peine et on repart l’esprit en paix.

« Que vous est-il arrivé, Madame Masure ? » dit l’arbre en bruissant doucement.
—  J’ai dû quitter la terre que j’aimais pour laisser le champ libre aux terrassiers.
—  Et vous Monsieur Arbre ? dit la masure en cliquetant délicatement des pierres
—  J’ai dû quitter la ville que j’aimais pour laisser le champ libre aux automobiles. »

Selon la légende, ils discutèrent ainsi pendant sept jours et sept nuits. Ils s’entendaient bien et avaient beaucoup de choses à se raconter. Et puis au huitième jour, côte à côte, ils s’en allèrent par les chemins pour une destination inconnue.

L’histoire peut vous sembler banale mais laissez-moi la finir.

Ce que vous voyez sur la photo est bien le reflet d’un arbre et d’une masure. Mais je connais bien ce lieu : il n’y a pas d’arbre et il n’y a pas de masure au bord du font perdu. Juste un paisible reflet conservé pour l’éternité.

Vygo

28 avril 2016

Interlude

 Bientôt, le Festival Pliant 2016 sera !

Il se prépare ici

 

Chaque fin de semaine, une photoUn poète, passant par-là, s'en inspirera peut-être. Ou peut-être pas. 

 

La maison vue du train

La maison vue du train a du vague à l’âme. (fw)

 

 

Pour cause d’imminence festivalière, les Reflets sont temporairement suspendus.

 Veuillez-nous excuser pour cette interruption momentanée de l’image.

 Et pour patienter...

 

 

ORTF, 1968

 

9 juillet 2015

Honfleur (Calvados)

C'est l'été ! Les Reflets partent en vacances mais enverront des cartes postales au gré de leurs escapades

(pour n'en manquer aucune, abonnez-vous)

Bien sûr, les réponses des poètes inspirés sont toujours les bienvenues ! (par "Contactez l'auteur")

 

Honfleur

J'ai voulu voir mon frère et on a vu Honfleur. (fw)

                                                                                                                                                                     à A.B. et al.

 

23 février 2015

"En art, pas plus d'ailleurs que dans la nature,

Aquaforte

"En art, pas plus d'ailleurs que dans la nature, la forme ne saurait être un but. On ne part pas à la recherche d'une forme préconçue, on la trouve, on y aboutit par surprise. C'est une conséquence, un résultat certainement nécessaire d'une activité uniquement déployée pour aboutir à l'être. Telle matière pétrie de certaine façon se concrète en telle forme. Ce qui compte donc, c'est la matière pétrie et la façon dont elle l'est. La forme va de soi.
Elle est l'état de la matière dans lequel celle-ci devient intelligible et sensible à l'esprit."

Pierre Reverdy, "Sable mouvant", Poésie/Gallimard

 

11 janvier 2015

"Mais s’ils plientils ne rompent paset quand par

Libes écritures

 


"Mais s’ils plient
ils ne rompent pas
et quand par malheur fréquent
on les coupe et mutile
ces roseaux humains
savent que leurs corps lardés
par la traîtrise
deviendront autant de flûtes
que des bergers de l’éveil emboucheront
pour capter
et convoyer jusqu’aux étoiles
la symphonie de la résistance"

Abdellatif Laâbi, "Tribulations d'un rêveur attitré"

 

4 juillet 2014

"Mais il n'y a plus de place nulle part. Les

Errances

"Mais il n'y a plus de place nulle part. Les émigrés du sud ont occupé toutes les rainures du pont métallique que traverse le port. Et même le soleil - mort, éteint - reste pris dans les fils aériens qui le suspendent. A cette enseigne on logera tous ces coeurs désolés qui flottent au gré du sort et roulent sur le sable ondulé que les lames sournoises caressent dans le fond, lissent et peignent."

Pierre Reverdy, "Flaques de verre", Flammarion

 

3 juin 2014

Tu l'entends la musique?Cet effet de glaceQui

Le Donzeil

 

Tu l'entends la musique?
Cet effet de glace
Qui stridule sur l'âme du poète
Ces éclisses de bois
Comme du quartz éclaté?
Cette musique
Au bout du tunnel
De la surdité
Où basculait ta vie
Dans un grand lit de lumières
Tu l'entends dans ton œil?
Qui pleure comme un violon
Et tu l'entends
À chaque fois
Que le poème s'approche
Sur la pointe des pieds
Et que les mots s'allument
Comme des âmes veilleuses
Et tu le fredonnes
Comme un refrain dormant
Au fond du cœur de tous les hommes
Depuis la nuit des temps

Julien Hoquet

 

20 juin 2014

Derrière la fenêtre fermée,j'imagine un déserteur

La fenêtre condamnée

Derrière la fenêtre fermée,
j'imagine un déserteur de la vie buvant un café; noir de désespoir.
j'imagine des souvenirs prisonniers, fatigués d'être aussi souvent évoqués.
j'imagine le temps qui peine à suivre le tic-tac inlassable de l'horloge.

Derrière la fenêtre fermée,

j'imagine une vie qui se conjuguait au passé simple. Une vie ordinaire avec des éclats de rire et des mots doux ; une vie qui donnait la vie ; une vie qui aspirait le présent par la fenêtre grande ouverte.

Derrière la fenêtre fermée,
j'imagine des points de suspension qui attendent discrètement.


Vygo

 

9 mars 2014

Des vagues,des vagues et des vaguesdes vagues

La Creuse au Moutier

Des vagues,des vagues et des vagues
des vagues lancinantes
des vagues grisantes
des vagues,des vagues et des vagues
des vagues étourdissantes
des vagues hallucinantes
des vagues, des vagues et des vagues
des enluminures
ciselées comme des haïkus
des chevaux d'azur
à la crinière d'amadou
des vagues,des vagues et des vagues
des cheveux aux vents
qui s'enchevêtrent infiniment
des marées de larmes
dans un cruel vacarme
un océan affolé
dans une âme fêlée
des vagues,des vagues et des vagues
des vagues sacrées
des vagues chamarrées
des vagues effarées
des vagues de noyés
des vagues et des vagues...

Julien Hoquet

 

20 avril 2014

rencontre hallucinogène lorsque je fus visitée

Rencontre

rencontre hallucinogène

lorsque je fus visitée par un insecte
je ne compris pas tout de suite
dans quelle galaxie l'absinthe m'avait plongée
nectar trafiqué
imitant menthe chlorophylle
oseille et purin d'ortie
le breuvage dut cependant faire son effet
la bête me sembla légère
entre cuisses de grenouilles
cornes de gazelle museau de primate flancs de tortue
je fus tout à coup
emportée à la lisière de l'invisible
digérée par le brimborion
j'en revins
avec des yeux de libellule


andrée wizem

 

4 octobre 2013

crues quelle manie de voir dans l'arbre esseulé

L'arbre au tronc penché 

crues


quelle manie

de voir dans l'arbre esseulé

un pommier


n'est ce pas plutôt

cet arbre sans fruits comestibles

prêt à s'adapter aux pires insecticides


quand la pluie est en overdose

un désir de pommes à croquer

me submerge


cette pensée survient

quand je me surprends à cuisiner des variétés aseptisées

en tenue d'astronaute



andrée wizem

25 juin 2013

"Les peintres de la lumière, en cherchant

La Creuse au Moutier d'Ahun (détail)

"Les peintres de la lumière, en cherchant l'impression, ont démasqué une vallée unique, en symbiose parfaite avec leurs valeurs et leurs désirs. La Creuse leur apparaît comme la démonstration naturelle et incontestable du bien-fondé de leurs recherches, sorte de preuve matérielle de l'exactitude de leur vision. Cette correspondance si étroite entre l'état physique du pays et l'état plastique de leurs tableaux, fait de Crozant un des plus hauts lieux de l'impressionnisme."

Christophe Rameix, "L'Ecole de Crozant", Editions Lucien Souny

16 septembre 2013

"Mais ce souffle de soie sur l'aile de la rose !

Rosée

"Mais ce souffle de soie sur l'aile de la rose ! Mais cet éclat de perle aux gouttes de rosée ! Je l'ai même pensé - je l'ai souvent pensé : ce n'est rien, qu'une perle au regard de la rose, ce n'est rien au regard d'une goutte d'eau. Dureté de la perle, rien qu'une pierre grise et au dessus cette écorce lisse où la lumière joue. Mais la rosée brille d'un feu puissant d'étoile rouge et le soleil chante dessous; au travers transparaissent l'haleine et le souffle des astres vivants."

Marcelle Delpastre, "Cinq heures du soir"

1 juillet 2013

"Les vaches, paisibles bêtes, sont le plus

Limousines creusoises

"Les vaches, paisibles bêtes, sont le plus souvent confiées à un gamin, à qui elles fournissent tout juste l'occasion de commander le mouvement d'une voix aiguë - par goût du pouvoir ! Mais, en certains cantons de la Marche, on a bien pris soin, le jour du printemps où elles ont été mises au pré pour la première fois, de les y conduire avant la fine pointe de l'aube, afin que nul ne puisse les apercevoir. Faute de quoi, affirme-t-on, leur garde pendant toute la saison d'été serait difficile."

Marguerite-Marie du Muraud, "Dans les pas des anciens"

22 avril 2013

"Des terres, des bois, des prés de fauche et des

Les herbes passées

"Des terres, des bois, des prés de fauche et des prés rendus aux chardons, aux noisetiers, à la callune. C'est là, en ce pays, une image rassurante : l'artige (ce qui a été autrefois défriché puis retourné) voisine encore avec le fraus (le territoire sauvage ou rendu à la sauvagerie). Du reste, l'obstination de l'homme à tenir propres les herbages n'empêche pas les refus de croître ni d'avoir le dernier mot, auquel on répond en les fauchant en fin de saison comme on coupe la tête du condamné, à la différence que chaque année, plus encore obstinés que la main de l'homme, les rougeons et les relais repoussent. Qu'on le sache : le jonc glauque et la grande patience, la berce et la carotte sauvage, la prêle et la grande oseille, la renoncule scélérate ne renoncent jamais."

Alain Galan, "Lisières limousines"

4 juin 2013

"Quand vous aurez vendu la dernière vache,

La vieille maison

"Quand vous aurez vendu la dernière vache, n'oubliez pas de dire à l'étable que c'est toujours une étable, au cornadis qu'il est toujours cornadis, au tas de foin, à la grange, au chien, à la table de maison, au foyer, et aussi au puits, au vieux moulin et au four qui s'écroule..."

Jan dau Melhau, cité par M. Delpastre, "Sega de segre..."

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